dimanche, janvier 13, 2008

Quand les cultures se mélangent!


La maison Kerhulu, sise chemin Saint-Louis, à Sillery, est l'une des rares demeures de Blatter qui n'ait pas été démolie ou défigurée.
Photo Érick Labbé, Le Soleil

Comment aie-je pu vivre durant 7 ans dans la magnifique ville de Québec sans savoir qu'un architecte suisse y avait réalisé plusieurs joyaux, y compris le Colisée? Peut-être que s'il y avait eu une plaque indicative sur le Colisée comme ça se pratique ici, peut-être je dis bien que j'aurais su avant aujourd'hui.

La révolution Blatter

Le Soleil
Michèle LaFerrière

Arrivé dans la capitale en 1926, l'architecte d'origine suisse Robert Blatter a contribué à la diffusion du goût nouveau à Québec.

L'architecte Robert Blatter n'a pas la réputation d'un Le Corbusier. Mais le premier a eu beaucoup plus d'influence à Québec que le second. La ville lui doit en effet le Colisée et la première résidence de style international au Canada, la maison Bourdon, encore debout aujourd'hui, mais défigurée.

Construite en 1934 sur le chemin Saint-Louis près de l'avenue Maguire, à Sillery, la maison du docteur Bourdon était «révolutionnaire», commente l'architecte de Québec George Leahy, qui a connu Robert Blatter, car il était un ami de son grand-père. Avec ses baies semi-circulaires, ses fenêtres en ruban, son porche et son balcon, son toit plat et ses murs de brique blancs, elle est l'illustration du style international.


«Robert Blatter n'a pas d'équivalent au Canada, soutient Leahy. Il arrivait de l'extérieur avec un oeil nouveau, une architecture nouvelle.»

Comme Le Corbusier, Robert Blatter est né en Suisse à la fin du XIXe siècle (1899). Les deux hommes ont participé activement à l'Exposition des arts décoratifs de Paris, en 1925, un événement qui a constitué un «moment magique dans la création et la diffusion du goût nouveau (...) et qui a marqué le véritable début de l'art moderne», selon l'historien Michel Lessard.

Entre 1922 et 1926, Blatter travaillait à l'atelier de Maxime Roisin, à Paris. Quand la basilique de Sainte-Anne-de-Beaupré a brûlé, les autorités ont invité Roisin à Québec pour la reconstruire. «Il a emmené Blatter avec lui», raconte George Leahy. Arrivé ici en 1926, il a épousé une Québécoise et a fait carrière dans la capitale, où il est mort en 1998.


Des paris sur le Colisée

C'est aussi Robert Blatter qui a dessiné les plans du Colisée de Québec, sur la base d'un brevet allemand, précise George Leahy. «Les gens prenaient des gageures sur le moment où il s'effondrerait, raconte-t-il. Mais Blatter avait fait le pari de le construire, même si ça n'avait jamais été réalisé de cette façon au Canada.»

Selon l'historien de l'architecture Luc Noppen, Blatter a conçu une dizaine de maisons de style international à Québec. Mais Paul Bourassa, du Musée national des beaux-arts du Québec, pense qu'il en a probablement créé davantage, puisqu'il n'a été reconnu comme architecte ici qu'en 1950. «Il a longtemps été dessinateur pour d'autres architectes», mentionne-t-il.

En 1929, il a accompli «un projet exceptionnel»: la maison Bélanger, qui a été détruite en 1963, pour faire place au siège social de la compagnie d'assurances La Laurentienne-Vie. «Une gaffe», résume Paul Bourassa, qu'il explique par le fait que ce type d'architecture était associé à une époque trop récente. «Elle n'était pas considérée comme une maison de notre patrimoine», dit-il.

Au 1589-1591, chemin Saint-Louis, à Sillery, la maison Kerhulu est l'une des rares résidences de Blatter qui n'ait pas été démolie ou défigurée. D'une architecture révolutionnaire pour le Québec d'alors, elle a été construite en 1945 à partir d'un dessin exécuté six ans plus tôt.

Robert Blatter avait donné à la famille Leahy son «fonds» constitué de meubles, de quelque 250 dessins et de photos des résidences qu'il avait conçues. En 1994, ils ont été déposés au Musée national des beaux-arts du Québec. Le Musée de la civilisation a quant à lui acquis une partie de l'ameublement de la maison Bélanger.

ne carrière propulsée grâce à la maison Bélanger

Le coup d'envoi de la carrière de Robert Blatter a été donné en 1929, grâce au mandat de la maison Bélanger, qui lui a valu le titre d'architecte-ensemblier. Des tapis aux poignées de porte, des meubles aux lampes, de l'humidificateur au paravent, Blatter a tout conçu dans cette résidence.

À l'instar du Corbusier, Robert Blatter savait dessiner des maisons et des meubles. En 1927, il reçoit une commande de l'arpenteur de la province de Québec, Henri Bélanger, qui souhaitait encourager un jeune architecte. «Malgré la crise de 1929, il n'a pas annulé sa commande à Blatter», mentionne l'architecte de Québec George Leahy.

Dans son livre Un rêve Art déco, Danielle Rompré raconte que le coût de construction de cette maison avait été évalué à 35 000 $, soit «deux fois le prix moyen d'une résidence bourgeoise de l'époque». Sise au 131, de Claire-Fontaine, la maison Bélanger était l'une des «plus cossues de Québec». Elle a été détruite en 1963, lors du réaménagement de la colline parlementaire.

Transitions

L'auteure parle d'une «architecture de compromis» et d'un exemple de «transitions vers l'architecture de style international». «Révolutionnaire par ses formes géométriques et sa composition découpée en volumes», elle révèle aussi une influence Art déco dans «l'alliance de la pierre, de la brique et du fer forgé», ainsi que dans «l'attention accordée au portail et au hall».

Avec cette maison, Robert Blatter a misé sur un concept nouveau «où confort, luxe et dépouillement vont de pair». Il a innové en destinant le sous-sol à des fins de loisirs, alors qu'autrefois, il était surtout réservé aux domestiques. Et il nous a familiarisés avec les meubles intégrés, les matériaux faciles d'entretien, l'éclairage et la luminosité, ainsi qu'avec l'importance d'une cuisine fonctionnelle.

Édifices signés Blatter:

- Hôpital Saint-François d'Assise

- Hôpital des vétérans

- Maison généralice des Soeurs de la Charité, à Beauport

- Monastère des religieuses de l'Hôtel-Dieu de Gaspé

- Colisée de Québec

- Édifice de la compagnie d'assurances La Solidarité, à Sillery

- Église Saint-Louis-de-France, à Sainte-Foy

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Sources :

-Charlotte et Peter Fiell, Design du XXe siècle, Taschen

-Danielle Rompré, Un rêve Art déco. La collection Bélanger-Blatter, Musée de la civilisation

-Michel Lessard, Au carrefour de trois cultures. Meubles anciens du Québec, Les Éditions de l'homme

-Michel Lessard, La nouvelle encyclopédie des antiquités du Québec, Les Éditions de l'homme

PS: pour ceux qui se demandent pourquoi je fais du copier/coller avec les articles de Cyberpresse; la réponse est simple: les articles mis en liens sont souvent totalement disparus quand on veut y accéder après quelques jours.



13 commentaires:

lancelot a dit…

Nul n'est prophète dans son pays Béo.

Sur ces belles paroles, je te souhaite, avec quelques jours de retard, une parfaite année 2008.

Beo a dit…

Ah mon cher Lancelot; c'est tellement bon de te lire!

Tous mes voeux pour une année 2008 agréable et fructueuse en tous points!

Ce qui me sidère dans ce que j'ai appris aujourd'hui au sujet de Monsieur Blatter: c'est que je n'en ai jamais entendu parler avant!

Ce qui a de bien en Suisse, quand un bâtiment fait partie de l'oeuvre d'un artiste ou architecte: il me semble qu'une plaque le souligne clairement.

Ou bien cet état de fait a gâté mes fibres d'historienne de l'Art ou bien ça se fait moins au Québec.

Bonne semaine à toi, bises!

lancelot a dit…

Oui je ne l'avais pas remarqué.

Je me suis arrêté une fois, récemment, dans la vieille ville à Genève pour demander à un couple de touristes si je pouvais les aider. Le monsieur m'a demandé c'est quoi ce bâtiment, en le pointant du doigt. Je lui ai répondu que c'est peut être Le musée d'art et d'histoire mais que je n'en suis pas sûr. Ce qui est certain c'est qu'il y a un panneau devant lui ai je dit.
Intuition ?

Accent Grave a dit…

Passionnant, merci pour ce billet. Je transférerai l'information aux Suisses avec lesquels je bosse.

Accent Grave

Beo a dit…

Lancelot * C'est une des choses que j'aime en Suisse, c'est clairement identifié.

Même sans vraiment y porter attention, je me dis que ce genre d'information s'imprime dans notre mémoire, quitte à ce que ce soit une autre personne qui nous aie donné l'info.

Info, facilement vérifiable justement en prenant la peine d'aller lire la dite plaque ;)

Alors à ta question: intuition? Je dirais: subconscient :)

Beo a dit…

Bonjour Accent Grave! J'avais vaguement l'impression que ce Monsieur Blatter n'était pas très connu dans son pays d'origine, tu me confirme ce fait.

C'est dommage aussi, car j'ai cru comprendre qu'il a rayonné pour son grand talent à Québec et environs, qu'il était l'émule de Le Corbusier qui lui aussi a tardé à être reconnu à sa valeur en Suisse, si j'ai bien compris.

Bonne journée et merci de votre commentaire!

Blue a dit…

Intéressant, Beo, mais une maison à toit plat au Québec ça s'entretient comment l'hiver? ;)

Beo a dit…

Blue * À la pelle! Hihihihi! C'est loin d'être la seule à toit plat au Québec. Je crois que ça a été une mode des années 60.

Tu sais les maisons mobiles qui n'ont pas été modifiées, elles ont le toit plat. J'ai vécu 17 ans dans une et c'était habituel d'aller pelter le toit de temps en temps :)

Puis bon: je suis pas certaine qu'elle aie le toit vraiment plat...

Danielle a dit…

Je pense que je suis née à l'hôpital St-François d'Assise... est-ce que ça me donne certains droits en Suisse??? Hi hi! J'aimerais bien!

Beo a dit…

Danielle * Il y a une condition: il faut que ce soit Saint-François d'Assise de Québec.

J'ai oublié si c'était sur la 1ère avenue, j'ai pourtant souvent été chercher mon premier mari quand il se blessait au travail :(

Danielle a dit…

Oui, oui, c'est à Québec!!! Nous habitions Ste-Foy à l'époque et mon père travaillait au Soleil!

Danielle a dit…

Oui, oui, c'est à Québec!!! Nous habitions Ste-Foy à l'époque et mon père travaillait au Soleil!

Beo a dit…

Danielle * Ok! Ceci dit... j'ai jamais remarqué de quoi de si spécial à cet architecture sauf la facade... qui me faisait penser un peu à une église moi.